La Blockchain et la Banque : des promesses aux expérimentations concrètes

Qualifiée de technologie de rupture, la Blockchain fait beaucoup parler d’elle, mais où en est-on réellement aujourd’hui dans le développement de ses premières applications ?

La technologie Blockchain, ou registre distribué, vise à assurer la confiance dans l’échange de données entre utilisateurs. Elle repose sur une validation décentralisée des transactions, s’appuyant sur le consensus des membres du réseau et garantissant l’inviolabilité des transactions, et sur un principe de transparence qui permet à tous ses membres de connaitre l’historique des transactions depuis leur origine. Elle promet ainsi un fort potentiel en termes de fluidité et transparence des informations sur des transactions en temps réel, pour de nombreux cas d’application. Pour les transactions financières, cette technologie pourrait ainsi challenger le rôle de tiers de confiance, tenu aujourd’hui en grande partie par les institutions financières.

Conscients de cette menace, mais également de son fort potentiel pour améliorer la fluidité et la transparence des informations sur les transactions en temps réel, les institutions financières investissent dans la technologie Blockchain. Selon le Forum Economique Mondial, elles auraient investi environ 1,5 milliards de dollars dans la Blockchain en 2016.

La technologie Blockchain : levier de transformation des institutions financières

L’abondance des initiatives lancées reflète les promesses de la Blockchain pour des institutions financières en quête de nouvelles pistes à explorer pour capter de nouveaux marchés ou pour améliorer leur efficacité opérationnelle et réduire leurs coûts. En effet, outre les nouveaux services qui pourrait se développer autour de cette technologie, la Blockchain permettrait également aux banques de simplifier ses processus en automatisant ou supprimant certaines tâches telles que la réconciliation et le KYC, et en permettant une circulation fluide et transparente de l’information en temps réel.

Par ailleurs, la combinaison de la technologie Blockchain, des objets connectés et des Smart Contracts permettraient d’en maximiser les bénéfices. L’initiative de la Bank of Australia (CBA) témoigne ces nouvelles avancées : en partenariat avec Wells Fargo et Brighann Cotton, CBA a récemment annoncé la réalisation d’une première transaction Trade Finance alliant la technologie Blockchain, les smart contracts et l’Internet of Things. Les trois acteurs ont pour cela substitué la lettre de crédit traditionnelle à une balise GPS connectée à la Blockchain. La combinaison de ces technologies permet de déclencher le paiement d’une cargaison de balles de coton grâce à un Smart Contract, une fois la marchandise arrivée à destination.

Les initiatives de place ou privées foisonnent et stimulent l’innovation

Les expérimentations visant à explorer le potentiel de la Blockchain dans le système financier foisonnent, et se concurrencent à différentes échelles.

Une des plus importantes est orchestrée par le consortiumR3 CEV, qui réunit plus de 70 acteurs bancaires et institutions financières (HSBC, Société Générale, BNPP, Barclays, Natixis.,.) dans le but de définir les fondements d’un registre distribué commun à l’échelle mondiale, et proposer des solutions Blockchain communes autour de uses cases.

D’autres initiatives ont été lancées à des échelles plus locales telles que le labChain, qui réunit une vingtaine de partenaires français (AXA, BNP Paribas, CNP Assurances, Crédit Agricole, Groupe BPCE, la MAIF, IBM, etc.) ou encore tel que le partenariat Groupe Crédit Mutuel Arkéa et IBM dans le but d’explorer un premier cas d’usage concret autour des problématiques d’identité numérique et de KYC « Know Your Customer ».

Des initiatives plus individuelles se développent par ailleurs : BNP Paribas CIB lance avec ses Clients des groupes de réflexion autour de l’amélioration de leurs services bancaires. Les principales explorations concernent aujourd’hui le commerce international, la gestion des stocks et du collatéral, la gestion du fonds de roulement notamment Cash Without Borders, pour fluidifier les paiements internationaux, ou Collat’Shaker pour améliorer l’efficacité de gestion et de valorisation du collatéral dans des opérations de commerce international des matières premières

Face à cet engouement, le modèle « Blockchain » qui émergera et s’imposera dans le monde financier est encore inconnu. Pour les initiatives de place en particulier, la définition d’un modèle de gouvernance efficace reste un des défis à surmonter, nécessitant le bon niveau de collaboration entre les banques pour progresser efficacement, tout en permettant aux banques de préserver leurs informations à fort enjeu stratégique de la curiosité des autres participants. A titre d’exemple, Goldman Sachs et Santander ont récemment annoncés leur départ de R3, pour se concentrer sur des initiatives autour d’un plus petit nombre d’acteurs.

Toutes ces initiatives sont par ailleurs encore au stade expérimental. Des années seront encore nécessaires pour que cette technologie devienne dominante.

L’utilisation de la technologie de Blockchain n’est pas encore mature

Si les communications autour d’initiatives bancaires sur le sujet ne manquent pas, les cas d’usage restent encore aujourd’hui principalement à l’état de tests ou de proof of concept. La transition vers une solution industrialisée qui ferait référence sur son marché est encore incertaine. A titre d’exemple la réduction des coûts de stockage et de la consommation d’énergie de cette nouvelle technologie ou la capacité à absorber une volumétrie de transactions beaucoup plus importantes relèvent encore du défi.

Par ailleurs, de nombreuses questions autour de la limite entre le partage des données et les problématiques de confidentialité et de sécurité requièrent des évolutions de réglementation à l’échelle mondiale. La définition de standards communs sera essentielle pour assurer l’interopérabilité des différentes plateformes Blockchain qui émergeront.

En conclusion, la Blockchain n’est pas simplement considérée comme une avancée technologique, son caractère disruptif repose sur les nombreuses opportunités qu’elle présente pour repenser les business models existants et l’écosystème financier actuel. Les premières expérimentations montrent bien que les banques sont au stade d’appropriation de la technologie. Si la Blockchain permettrait de « révolutionner » le monde bancaire, cette promesse reste bien sûr conditionnée par la stratégie mise en place par les banques, en particulier pour arbitrer sur l’opportunité de continuer à lourdement investir sur les systèmes IT existants ou de miser sur l’avenir en préparant l’émergence de cette nouvelle technologie. L’analyse produit par produit du niveau de maturité des cas d’application et de leurs impacts sur les processus et systèmes existants peut s’avérer clé pour orienter ces décisions.