Asset Management : retour vers le futur !

A quoi ressemblera le début de journée d’un gérant d’actifs dans quelques années ?

Au réveil  des informations sélectionnées pour lui par un algorithme (actualité liée au marché en semaine, et à ses centres d’intérêt le week-end) lui proposent une liste de tâches.

Arrivé (en voiture partagée et autonome!) en morning meeting, il discute avec ses collègues analystes des recommandations faites par l’intelligence artificielle de son entreprise.

De retour à son bureau, cette même IA affine ses propositions en fonction de son langage corporel (les réunions d’analystes lui étant interdite). Le gérant passe directement ses ordres à la voix, activés par des algorithmes haute fréquence surveillés par des data scientist formés au trading.

Ce n’est bien sûr que pure prospective, mais chez Headlink Partners, nous considérons qu’anticiper le futur des métiers est primordial pour préparer au mieux les conditions de travail et l’épanouissement des employés. Et les technologies sont en grande partie déjà là !

 Présentation des enjeux et de la matrice d’anticipation des impacts

L’exemple ci-dessus a pour objet d’illustrer le futur (pas si éloigné) des métiers actuels d’un asset manager, rendu possible grâce à une complémentarité accrue entre l’homme et les technologies mises à son service, qui optimise la répartition des tâches avec et sans valeur ajoutée pour un service de meilleure qualité.

Il ne fait aucun doute que les technologies d’automatisation des tâches (RPA et RDA) et d’intelligence artificielle (chatbot, robo advisor, algorithme évolué car connecté à davantage de données temps réel) sont aujourd’hui suffisamment évoluées pour être déployées massivement.

Cependant, il est encore difficile de prévoir et d’évaluer quelles activités seront impactées, à quelle échéance et sur quelle ampleur.

 Pour y voir plus clair, nous avons compilé une série d’analyses sur les différents métiers et activités de la Banque. L’objectif étant d’identifier le niveau d’exposition des métiers à la transformation des tâches vers l’automatisation, l’IA et l’évolution des modes de travail.

Dans ce premier article, nous vous proposons de démarrer avec les métiers de l’Asset Management qui emploie directement 90 000 personnes en Europe, mais son périmètre global ne s’y arrête pas : l’EFAMA estime que plus de 400 000 postes indirects sont liés à l’activité des asset managers. Pour tout poste directement lié à cette activité, il y a 4,6 postes à plein temps dans l’écosystème de la gestion. Il y aurait donc, dans l’écosystème de la gestion en Europe, 500 000 postes potentiellement concernés par ces transformations. en Europe.

Illustrations : EFAMA, Asset Management And Related Services

En nous basant sur notre expérience de ces métiers, nous avons établi une liste de ses principaux métiers, afin d’établir lesquels seraient les plus exposés aux nouvelles technologies et évolutions évoquées ci-dessus.

Nous avons identifié 6 critères du plus au moins important, pour évaluer ce niveau d’exposition. Dans l’industrie de la Banque qui nous concerne, nous les traduisons comme suit :

  1. Tâches répétitives: collecte courriers, trie, complétude et mise à jour dossiers papiers, archivage…
  2. Récupération, mise à jour et analyse de données : saisie / mise à jour de données dans le SI, reporting, contrôles
  3. Tâches physiques imprévisibles : rdv client, échanges mails, téléphone, chat…
  4. Interactions avec les parties prenantes : échanges les fournisseurs, prestataires, échanges sell side / buy side
  5. Expertise : Veille, analyse détaillée, recherche, conseil …
  6. Management : Gestion d’équipe, coordination, évaluation…

 

Illustration :  matrice des impacts de l’automatisation sur les métiers/activités de l’Asset Management

Se dégagent trois grands groupes:

  • Les métiers les plus exposés, car c’est une grande partie de leur activité qui est touchée par les technologies actuelles et du futur proche, comme les métiers liés aux opérations. Ces derniers présentent en effet de fortes opportunités d’automatisation: de nombreuse zones de frictions y sont liées à des tâches répétitives, comme par exemple la collecte et la mise en conformité des données. Une étude récente de McKinsey & Company estime que plus de 50% du temps de travail dans l’industrie de la finance est consacré à l’acquisition et au traitement des données.
  • Ceux dont une partie de l’activité est menacée, comme les gestionnaires de portefeuille et banquiers privés, ou les métiers de référentiels données. Un gestionnaire de portefeuille pourrait en effet  perdre une partie de sa clientèle, lorsque les robo advisors seront suffisamment performant et opérationnels – et plus concurrentiels en termes de coûts. Mais il pourrait également se soustraire à ses tâches administratives répétitives et chronophages, voire même travailler en combinaison avec ce robo advisor afin d’augmenter le temps qu’il consacre réellement à sa clientèle, ainsi qu’à tirer profit et faire grandir son expertise.
  • Les métiers touchés à plus long terme, comme le design produit ou la gestion. C’est l’écosystème direct de ces métiers qui va évoluer très rapidement: les analystes remplacés par des data scientists, les brokers par des algorithmes boostés à l’intelligence artificielle… Qui influeront à leur tour sur le métier de leurs collègues gérants.

Illustration : les trois grands groupes de métiers en fonction de leur exposition

Ces révolutions technologiques engendrent également une évolution des modes de travail. Elles encouragent d’une part l’abolition des frontières entre le bureau et la maison et d’autre part, accélèrent les échanges entre l’entreprise et ses clients.

Ces facteurs sont à prendre en compte dans l’appréciation des impacts: ils les décuplent.

Les exemples d’Uber ou d’AirBnB montrent combien il est important de sortir du cadre pour  innover et rester compétitif. Le renforcement de la réglementation et la protection accrue des modèles existants, initialement sollicités par les syndicats de taxi, n’ont pas empêché Uber de se développer et transformer en profondeur l’expérience client. Au delà des outils digitaux (applications mobiles, géolocalisation, paiement mobile), c’est également les modes de consommation (notations du service, …) et les codes professionnels (enrôlement en moins d’1 jour, accompagnement pour se lancer rapidement, utilisation de ressources personnelles) qui participent à la transformation des services.

Il est trop tentant de dresser un parallèle entre les révolutions de ces services et l’arrivée des fintech dans l’écosystème bancaire. Rappelons nous néanmoins que les révolutions technologiques ne sont qu’une occasion supplémentaire de se transformer: innover dans son activité et ses process est un fondement crucial de la survie d’une entreprise, que son environnement soit soumis à une disruption ou non.

Nous sommes persuadés que ces bouleversements technologiques sont un formidable levier de modernisation du secteur bancaire, et plus particulièrement de l’asset management : il accompagne et accélère la mue des méthodes de travail. Placer le facteur humain au centre de ces transformations, conduire le changement, c’est s’assurer que celle-ci s’effectuera au mieux !

C’est pourquoi nous développerons dans la partie 2 de notre analyse des métiers de l’asset management plusieurs pistes pour anticiper et accompagner cette transformation.