Danske Bank: numéro un du blanchiment?

Danske bank est au centre du plus gros scandale de blanchiment d’argent de l’histoire européenne. L’institution danoise est soupçonnée d’avoir permis, via sa filiale estonienne, le blanchiment d’environ 200 milliards d’euros. Les principaux régulateurs financiers mondiaux enquêtent actuellement sur l’affaire. Les sanctions/amendes à venir pourraient atteindre des montants records, toucher d’autres banques et coûter cher au Danemark.

 

Comment en est-on arrivé là ?

Danske bank est la plus grande institution financière du Danemark. C’est un acteur clé de la finance nord-européenne. Danske emploie 20 000 personnes dans 15 pays. A titre de comparaison, son bilan représente 40% de celui de la Société Générale. Sans cette affaire de blanchiment, Danske pourrait être considérée comme une des banques européennes les plus performantes. En effet, la banque est :

  • Rentable (13.6% Return On Equity en 2017)
  • Bien capitalisée (17.6% CET1 capital ratio en 2017)
  • En croissance (dans les pays nordiques/ baltes)

En 2007 Danske achète Sampo Bank, une banque finlandaise. Sampo disposait d’une filiale estonienne spécialisée sur un marché bien précis. La filiale tirait la majorité de ses revenus d’un important portefeuille de « clients non-résidents », établis principalement en Russie ou dans des pays de la Communauté des Etats Indépendants (Ukraine par exemple).

Entre 2007 et 2015, Danske a servi 15 000 clients non-résidents et leur a permis d’effectuer des opérations financières pour environ €200mds. Les devises utilisées étaient principalement l’euro et le dollar. Il s’agissait de paiements et d’opérations sur les marchés financiers (actions, obligations, fx). Danske bank était la porte d’entrée des fonds illégaux dans le système financier légal. Une fois déposés à la Danske, les fonds étaient utilisés pour des paiements ou étaient investis. Seulement 15% des fonds restaient en Estonie, le reste étant dilué à l’étranger.

En 2014, un lanceur d’alerte a signalé les manquements de Danske dans la lutte contre le blanchiment   (Anti Money Laundering). Suite à son rapport et aux enquêtes qu’il a déclenché, les portefeuilles suspects ont été fermés courant 2015.

 

Pourquoi Danske ne s’est pas rendue compte de la situation ?

Un audit de la filiale estonienne a montré de graves manquements, résumés dans les catégories suivantes :

  1. Méconnaissance des clients, des bénéficiaires des flux financiers, des entités contrôlant les clients et de l’origine des fonds
  2. La vérification des clients était manuelle et insuffisante. Le système IT de la filiale était différent de celui du groupe. Les gestions AML et risques étaient faites au niveau local, selon des procédures spécifiques.
  3. L’absence de réponse face aux transactions/clients suspects

En 8 ans, la filiale estonienne du groupe a blanchi l’équivalent de 9 fois le PIB annuel de l’Estonie. Face à un tel montant, il n’y a pas de place pour le doute : des dizaines d’employés étaient au courant et ont fermé les yeux sur ces flux. Par ailleurs, plusieurs signaux n’ont pas été écoutés par le management de la banque. En particulier dès 2013, une des banques correspondantes de Danske (JP Morgan) a décidé d’interrompre tout clearing en dollar avec la filiale en raison de l’origine douteuse des fonds qu’elle lui envoyait.

 

Un scandale, des questions :

Cette affaire qui choque par son montant soulève une série de questions :

  • Comment une banque globale a-t-elle pu laisser passer une telle faille ?
  • Pourquoi les régulateurs -nationaux et européens- n’ont-ils pas détecté les mouvements suspects ?
  • Quelle sera l’ampleur des sanctions pour Danske ? La survie de l’institution est-elle menacée ?

Danske, le dernier cas d’une série de records (banques et montants suspects impliqués):

 

Les principes essentiels de la lutte contre le blanchiment d’argent ou le financement du terrorisme :

Sans rentrer dans les détails des directives Européennes, les grands principes AML sont la vigilance et la déclaration des soupçons.

  1. Une banque doit connaître ses clients (identité, activité, etc.) et se renseigner sur la provenance des fonds qu’ils lui apportent
  2. Une banque doit surveiller les opérations de ses clients, pour détecter d’éventuelles opérations atypiques
  3. Enfin, une banque doit déclarer d’éventuels soupçons

Il est souvent difficile pour une banque de déterminer l’origine et la destination des fonds. En revanche l’identité des clients est facile à vérifier. De plus, des modèles statistiques basiques permettent d’estimer précisément les types, fréquences et volumes normaux de leurs opérations. Ces vérifications simples doivent être effectuées avant que les fonds n’entrent dans le système financier légal.

 

Nous verrons dans le deuxième volet de cet article qu’il existe une large offre de solutions clefs en mains développées pour les institutions financières dans le cadre de l’AML. Plusieurs Regtechs vendent des outils permettant de vérifier l’identité des clients et de surveiller leurs transactions. Ces nouvelles solutions permettent aux institutions financières qui s’en donnent les moyens de lutter efficacement contre le blanchiment.

 

Sources :

https://danskebank.com/-/media/danske-bank-com/file-cloud/2018/2/annual-report-2017.pdf

https://danskebank.com/-/media/danske-bank-com/file-cloud/2018/9/report-on-the-non-resident-portfolio-at-danske-banks-estonian-branch-.-la=en.pdf

http://www.europarl.europa.eu/thinktank/en/document.html?reference=IPOL_IDA(2018)614496

https://www.occrp.org/en/projects/28-ccwatch/cc-watch-indepth/7698-report-russia-laundered-billions-via-danske-bank-estonia

https://www.france24.com/fr/20180924-danemark-estonie-danske-bank-scandale-oligarque

https://www.ft.com/content/519ad6ae-bcd8-11e8-94b2-17176fbf93f5