Quels seront les 9 grands sujets pour le secteur financier en 2019 ?

Voici 2 ans que je me prête au jeu des prévisions pour l’année à venir avec plus ou moins de succès (au moins j’étais dans le vrai l’année dernière sur l’explosion de la bulle sur les cryptos). L’année à venir s’annonce troublée avec le retour au premier plan de la géopolitique (guerre commerciale, Brexit, crise en Italie voire en France…). Au-delà d’un simple « pessimist guide« , quels pourraient être les sujets majeurs pour le secteur financier en 2019 ?

  1. L’explosion de la bulle des Fintechs après des années d’investissements massifs. La plupart des acteurs génèrent peu de chiffre d’affaires et n’ont toujours pas de modèle économique viable, sans parler des risques réglementaires, notamment au niveau de la sécurité des données, de l’information client (Wealthfront par exemple) ou de l’AML (N26 en fait l’expérence). Les levées de fonds massives de 2018, souvent à des niveaux de valorisation excessifs ont permis de gagner du temps mais le retournement des marchés devrait entraîner un assèchement du financement. Des faillites, parfois retentissantes et des rachats à bon compte sont à anticiper.
  2. La remise en question des plans de transformation. Les établissements financiers se sont tous lancés dans des plans de transformation (souvent uniquement centrés sur le digital malheureusement) pour améliorer l’expérience client et moderniser les infrastructures. Mais les marges d’intérêt durablement basses poussent les établissements à couper les coûts. 2019 sera l’année de la rationalisation des initiatives et du retour à des exigences fortes en termes de ROI.
  3. Le Brexit est dur et Paris en profite. Nous sommes partis pour un hard Brexit, les chances d’un accord sont minces. L’UE fera en sorte d’éviter les disruptions de marché (cf. l’accord d’équivalence temporaire sur le clearing) mais les clients institutionnels risquent de fuir l’incertitude et d’exiger des opérations bookées sur le continent. L’UE étant très vigilante sur les opérations de back-to-back, 2019 se traduira par des transferts d’activités importants. Paris avec sa main d’oeuvre qualifiée et ses infrastructures va en bénéficier, plus qu’initialement prévu.
  4. Les Asset Managers sous pression. Le décrochage violent des marchés financiers sur le dernier trimestre s’est traduit par des outflows records et les risques politiques devraient encore peser lourdement en 2019. Résultat, les marges seront sous pression après les records de ces dernières années et des plans de réduction de coûts seront nécessaires. On peut également anticiper une vague de consolidation et de fusions pour tenter de réduire les coûts (sur le modèle de la tentative avortée entre Axa IM et Natixis IM), même si cette stratégie est loin d’être la seule.
  5. Le triomphe de l’investissement socialement responsable. Le mouvement est déjà bien engagé (La Banque Postale AM par exemple) mais les Asset Managers devraient passer l’essentiel de leurs gammes sous label ESG à très court terme. C’est une demande forte des institutionnels, des clients particuliers mais également un axe fort pour les régulateurs. L’ESMA consulte en effet en ce moment pour intégrer ces critères aux réglementations UCITS, MiFID II…
  6. Les fusions entre établissements s’accélèrent (enfin). Les difficultés sur les marchés devraient pousser vers une consolidation du marché, même si celle-ci peine à démarrer. En Allemagne, DB et Commerzbank discutent, les rumeurs de fusions transfrontalières sont récurrentes (SG et UniCredit par exemple). 2019 pourrait être l’année de la concrétisation.
  7. Le marché des néobanques commence à se rationaliser. Pas un mois ne se passe sans le lancement d’une nouvelle néobanque et d’autres sont attendues (My French bank par exemple). Il n’y a pas de place pour des dizaines de néobanques et banques digitales, parfois positionnées sur des niches de marché étroites. Une consolidation du marché est à attendre, les pertes ne pourront s’accumuler éternellement. La revente probable de Fidor par BPCE est peut-être un signe avant-coureur.
  8. La transition vers les IBORs démarre. Les régulateurs ont avancé en 2018 et les banques peuvent et doivent commencer la transition vers les nouveaux taux de référence. Le sujet n’est pas seulement technique, il faut lancer la restructuration des offres et revoir la relation avec les clients. Un travail de longue haleine commence dès 2019.
  9. La transition vers l’exécution électronique s’accélère. L’obligation d’exécution des OTCD et de clearing pour les « Category 3 counterparties » en juin 2019 va renforcer un mouvement déjà perceptible (hausse de + de 50% des volumes en électronique sur les bonds en 2018) : d’ici quelques années, l’essentiel des transactions, même sur le Fixed Income, seront électroniques. C’est l’opportunité de repenser les chaînes FO to BO et construire des processus fluides, réellement STP.

Si vous avez en tête d’autres sujets chauds pour 2019, n’hésitez pas à lancer la discussion en commentaires 🙂