Blockchain et Asset Management part. 1: La Blockchain, comme expliquée à ma Grand-Mère

La Blockchain est depuis quelques temps au coeur de beaucoup de conversations. Récemment, Ostrum et BNPP AM on annoncé les premières souscriptions de parts de fonds via cette technologie qui préfigure le futur de l’Asset Management. C’est l’occasion parfaite de :

  • Repartir des bases : qu’est-ce que la Blockchain ?
  • Identifier les promesses de la Blockchain pour l’Asset Management,
  • Comprendre l’étape franchie par Ostrum et BNPP AM.

Quand on parle de la Blockchain, deux camps semblent apparaître : les prophètes d’une révolution et les sceptiques, las d’entendre les promesses des premiers. Il nous semble donc utile de repartir des bases: qu’est-ce que la Blockchain ?

La philosophie derrière la Blockchain

L’avancée rendue possible par cette chaîne de « nœuds » informatiques est celle d’un registre partagé. Prenons l’exemple d’un livre de compte, dans son format papier.

Hier : chacun dispose de son propre registre.

Chaque opération entre deux pairs donnant lieu à une écriture sur ce registre se fait en synchronisation bilatérale :

  • Marcel vend une montre à Colette pour la somme de 2000 francs.
  • Marcel inscrit dans son livre de compte :  2000 francs, – 1 montre.
  • Colette inscrit dans son livre de compte : -2000 francs, +1 montre.

Chaque opération entre Marcel, Colette et leur entourage nécessite une synchronisation entre pairs. L’information de chaque registre ne concerne que son propriétaire et ses partenaires commerciaux.

Aujourd’hui, les acteurs utilisent un registre commun. 

Un teneur de compte, par exemple une banque, est choisi comme tiers de confiance pour assurer la tenue de ce compte.

Marcel vend une montre à Colette pour la somme de 350 €.

Le teneur de compte enregistre alors l’opération : Marcel, +350€, – une montre, Colette, -350€, + une montre. Les deux parties se réfèrent à ce compte qui synthétise leurs dépenses et leurs revenus.

On l’aura compris, c’est le monde dans lequel nous vivons actuellement.

Demain, la révolution Blockchain : les acteurs écrivent tous dans le même registre.

Marcel vend une montre à Colette pour 0,11 bitcoins.

La transaction est inscrite immédiatement dans le registre :

  • Marcel, +0,11 BTC, – une montre
  • Colette, -0,11 BTC, + une montre.

Marcel, Colette et leurs partenaires utilisent tous le même registre, sans l’intervention d’un teneur de compte. C’est la promesse de la Blockchain.

La Blockchain est donc un grand livre de compte :

Chaque phrase est une transaction, chaque page est un « bloc » ou nœud, chaque livre … est une Blockchain. Ce livre est « distribué », chaque acteur en possède une copie exacte et ne peut se faire passer un autre et si quelqu’un cherche à modifier « son » livre, il deviendra différent des autres : de cette façon, impossible de frauder !

Si le concept est simple, le rendre possible l’est moins. C’est en effet la rencontre de nombreuses technologies.

Quelles technologies derrière la Blockchain ?

Une combinaison de trois technologies éprouvées

La Blockchain est une combinaison de trois révolutions technologiques :

  • La cryptographie asymétrique 

Plutôt que de se baser sur une information secrète partagée par deux individus (cryptographie symétrique), elle est construite sur la distinction entre les données publiques et privées.

Par exemple, une clé publique est liée à un individu mais permet à tous les participants de la chaîne de chiffrer un contenu. En revanche, seul le propriétaire de son pendant privé pourra le déchiffrer. La cryptographie asymétrique est la combinaison de deux clés publiques et deux clés privés, rendant un contenu accessible à son seul destinataire :

Marcel chiffre son message « Colette, je te vends une montre pour 0,11 BTC « avec sa clé privée, générée aléatoirement, puis avec la clé publique de Colette.

Colette déchiffre ce message avec la clé publique de Marcel, puis avec sa clé privée :

 

  • Le peer to peer 

La mise en réseau peer-to-peer (P2P) est une architecture d’application distribuée qui partitionne les tâches ou les charges de travail entre homologues. Les pairs sont des participants qui ont tous le même « niveau hiérarchique ». On dit qu’ils forment un réseau de « nœuds peer-to-peer ».

C’est cette technologie qui a fait naître le téléchargement illégal, à l’époque ou un film mettait 2 jours à apparaître sur nos disques durs, sans grande certitude sur son contenu réel !

  • La monnaie numérique décentralisée 

La monnaie numérique est digitale, par opposition à la monnaie physique, telle que les billets de banque et les pièces. Elle présente des propriétés similaires aux monnaies physiques, mais peut permettre des transactions instantanées et un transfert de propriété sans frontière. Lorsque elle est décentralisée, elle n’est pas émise par une autorité régulée, mais créée par un logiciel : c’est le cas des Bitcoins utilisés par Marcel et Colette, mais aussi d’autres monnaies digitales, comme le Ripple, voire de monnaies obscures, comme le Dogecoin, basée sur un meme.

La Blockchain 1.0

La première Blockchain, apparue en 2008, est finalement la plus connue : c’est celle du Bitcoin. C’est une base de donnée dont les informations sont inaccessibles depuis l’extérieur, dédiée à l’échange de cryptomonnaies. Elle est limitée à ce cas d’usage, et nécessite des connaissance informatiques poussées pour y accéder. Ainsi, même si 5 dollars investis en Bitcoin en 2010 valent des millions aujourd’hui, peu de gens pouvaient dans les faits souscrire à cette spéculation.

Chaque transaction initiée est réunie dans un bloc par les fameux « mineurs », rémunérés en BTC pour leur vitesse de calcul. Les « blocs » sont validés par les techniques de cryptographies asymétriques, et sont ajoutées à la chaîne : la transaction est effective.

Bien que révolutionnaire, la Blockchain 1.0 est limitée à l’échange de monnaies digitales. C’est là qu’entre en jeu la Blockchain 2.0.

La Blockchain 2.0 : Oracles et Smart Contracts.

La Blockchain 2.0 ouvre cette technologie à une infinité d’usages possibles, à travers deux ajouts majeurs :

Les Oracles

Les Oracles sont des services d’accès aux données de la Blockchain. En clair, ils permettent de « voir » et interagir avec une chaîne à travers un navigateur internet ou une application mobile. Cela permet au tiers de confiance de reprendre son rôle en insérant des données dans la chaîne, et à n’importe quel utilisateur de voir les données partagées sur ce réseau.

Les Smart Contracts

Le Smart Contract est un programme informatique stocké sur la Blockchain, qui s’exécute automatiquement lorsque des conditions pré-définies sont réunies. Dès lors, la porte ouverte par les oracles est immense : elle permet à des acteurs ou des événements extérieurs à la chaîne d’interagir avec celle-ci. Un bateau qui rentre dans un port, un KYC validé, un frigidaire connecté vide … Et une transaction est lancée. Les possibilités liées aux Smart Contracts sont aussi nombreuses que les informations captées par les technologies actuelles et à venir.

Grâce à l’arrivée des Oracles et des Smart Contracts, les possibilités de la Blockchain sont théoriquement infinies

C’est l’ensemble des étapes intermédiaires d’une transaction (par exemple, la souscription à une part de fonds) qui peuvent être automatisée et décentralisées. C’est donc l’ensemble des chaînes de valeurs basées sur l’intermédiation qui se voient potentiellement disruptées !

Le prochain épisode de cette série se portera donc sur l’impact que pourrait avoir la Blockchain sur la distribution en Asset Management.

D’ici là, n’hésitez pas à nous contacter pour toute question liée à cette technologie et comment se préparer à sa révolution.